Non, l’intelligence artificielle ne va pas tuer le journalisme local
Non, l’intelligence artificielle ne va pas tuer le journalisme local
Publié le 25 septembre 2026
25 septembre 2026

Ce qui menacerait davantage les médias locaux, ce serait leur incapacité à se transformer. Média de l’Ouest parisien lance, avec top, actu locale, une expérimentation de vidéos présentées par des personnages générés par intelligence artificielle. Derrière eux, pourtant, rien ne change sur l’essentiel : l’information reste recherchée, vérifiée, sourcée et écrite par des journalistes.
« Des journalistes, c’est mieux. »
À peine la première vidéo de notre nouvelle expérimentation publiée, le commentaire est tombé. Et, au fond, la question posée est intéressante : est-ce cela, l’avenir du journalisme ? Des vidéos présentées par intelligence artificielle ?
Notre réponse est assez simple : l’intelligence artificielle ne remplace pas le journalisme. Elle peut en revanche transformer certaines des formes par lesquelles l’information arrive jusqu’au public.
Et cette distinction est essentielle.
Le journaliste n’est pas seulement celui que l’on voit à l’écran
Un journaliste ne se définit pas par sa présence devant une caméra.
Son métier consiste d’abord à chercher une information, à en identifier l’origine, à la vérifier, à la croiser, à la contextualiser et à déterminer ce qui mérite d’être porté à la connaissance du public.
C’est précisément ce travail qui continuera d’être effectué par des journalistes dans les contenus concernés par notre expérimentation.
Avec Nawel et Antoine, les deux présentateurs virtuels que top, actu locale va désormais tester dans certaines vidéos, nous ne créons donc pas deux « journalistes IA ».
Nous créons deux présentateurs IA.
La différence n’est pas seulement sémantique.
Nawel et Antoine ne vont pas enquêter. Ils ne vont pas appeler une source. Ils ne vont pas assister à un conseil municipal, interroger un responsable associatif, vérifier une déclaration ou décider seuls qu’une information mérite d’être publiée.
Ils vont présenter un contenu dont le travail éditorial a été réalisé en amont par des journalistes.
Et nous l’indiquerons clairement au public.
Le fond reste journalistique. La forme peut évoluer.
L’histoire des médias est aussi celle de leurs transformations.
La presse écrite a adopté la photographie. La radio a inventé de nouvelles écritures. La télévision a fait évoluer ses formats. Internet a bouleversé les usages. Les réseaux sociaux ont imposé la vidéo verticale, les formats courts et de nouveaux rythmes de consommation de l’information.
À chaque étape, la forme a changé.
Cela n’a pas supprimé la nécessité du travail journalistique. Bien au contraire.
Un journaliste peut aujourd’hui raconter une information dans un article, un reportage télévisé, un podcast, une story Instagram, une vidéo verticale d’une minute ou un direct.
Pourquoi faudrait-il considérer que la manière dont un texte est incarné à l’écran constitue, à elle seule, le journalisme ?
Demain, un contenu pourrait être présenté par un journaliste devant une caméra, par Nawel ou Antoine, ou même, pourquoi pas, par un personnage animé.
Ce qui importe est de savoir qui produit l’information, selon quelles règles et avec quel niveau d’exigence.
Chez nous, ce point ne change pas.
Le véritable risque serait de ne rien changer
Les médias locaux font face à une difficulté particulière : ils doivent produire suffisamment de contenus pour que l’information de proximité existe réellement dans les usages numériques.
Car il ne suffit plus qu’une information soit intéressante pour qu’elle rencontre son public.
Il faut aussi qu’elle apparaisse sur les plateformes où celui-ci passe du temps, qu’elle adopte des formats adaptés à ces plateformes et qu’elle soit publiée avec une fréquence suffisante pour émerger au milieu d’un flux considérable de contenus.
C’est notamment vrai sur Instagram, Facebook, LinkedIn et YouTube, où seront diffusées les vidéos de cette expérimentation.
Pour un média local, la question devient donc aussi celle-ci : comment consacrer le maximum de temps et de moyens à la production de l’information tout en étant capable de la décliner dans suffisamment de formats pour qu’elle soit réellement vue ?
C’est précisément à cet endroit que l’intelligence artificielle peut être utile.
Pas pour remplacer celui qui cherche l’information.
Mais pour faciliter certaines étapes de sa production et de sa diffusion.
L’expérimentation plutôt que les certitudes
Nous ne prétendons d’ailleurs pas avoir trouvé un modèle définitif.
Nous expérimentons.
Nous allons publier des contenus présentés par Nawel et Antoine, observer la réaction du public, mesurer leur audience, recueillir les commentaires et regarder surtout si cette nouvelle forme permet à davantage de personnes d’accéder à une information locale de qualité.
Certaines choses fonctionneront probablement. D’autres moins. Nous les ferons évoluer.
C’est justement le principe d’une expérimentation.
Et nous faisons un autre choix qui nous paraît indispensable : la transparence.
Lorsque le présentateur ou la présentatrice d’une vidéo est généré par intelligence artificielle, nous l’indiquons. Et, dans la mesure où le travail journalistique est réalisé par un journaliste, nous l’indiquons également.
Nous n’avons aucun intérêt à créer une confusion entre les deux.
Le journalisme local doit se transformer pour se pérenniser
La question qui nous préoccupe finalement le plus n’est donc pas : « L’intelligence artificielle va-t-elle tuer le journalisme local ? »
Nous nous demandons plutôt : que deviendrait le journalisme local s’il refusait de s’adapter aux bouleversements des usages, des technologies et des modes de diffusion de l’information ?
Car le danger pourrait être là.
Un média qui continuerait à produire exactement comme il le faisait il y a dix ou vingt ans, alors que son public a profondément changé ses habitudes, risquerait progressivement de ne plus rencontrer ce public.
Pour Média de l’Ouest parisien, l’innovation technologique n’a donc de sens que si elle permet de renforcer notre mission : produire davantage d’information locale, lui donner davantage de visibilité et consacrer nos ressources journalistiques là où elles ont le plus de valeur : sur le terrain, dans la recherche, la vérification et la compréhension de l’information.
Nawel et Antoine ne sont pas journalistes.
Ils ne prétendent pas l’être.
Ce sont de nouveaux outils de présentation que nous avons décidé de tester.
Et derrière eux, il y aura toujours des journalistes.
Parce que l’intelligence artificielle peut changer la façon dont nous racontons l’information. Elle ne change pas l’exigence avec laquelle nous devons la produire.







